ÉDITO  
   
 
L’ambition et l’équité

L’annonce par la ministre Brigitte Bourguignon de la validation de l’avenant 43 à la convention collective de la branche de l’aide à domicile a fait trembler le landernau domiciliaire. Et pour cause, derrière cette décision à l’énoncé technocratique et au chiffrage en centaines de millions, c’est la conception même du secteur qui est en question.

C ommençons sans ambiguïté : personne ne critique le fait que 60% des aides à domicile vont être augmenté de 12% à 15% comme le prévoit cet avenant. Tout le monde se réjouit de cette juste récompense du travail fourni par ces centaines de milliers d’hommes, et surtout de femmes, aussi courageuses et méritantes que les professionnels revalorisés lors du Ségur de la santé.

Le problème est ailleurs. Tout le secteur réclame à juste titre et de longue date au moins deux choses : une meilleure considération pour les métiers de l’aide à domicile et un cadre réglementaire lisible, facilitateur et homogène sur l’ensemble du territoire. Or cette décision nous plonge dans un double paradoxe : elle répond à une attente de revalorisation salariale parfaitement légitime, mais laisse 160 000 salariés sur le bord du chemin, et elle le fait en activant un mécanisme qui n’est ni consensuel, ni vertueux.

Niveau consensus en effet, il eut été difficile de faire pire. Cet épisode a réouvert de profondes lignes de fractures entre les fédérations professionnelles qui représentent les associations et celles qui représentent les entreprises, alors qu’un processus de défense commune du secteur de l’aide à domicile était à l’œuvre.

Et que dire du mécanisme d’agrément public de l’avenant d’une convention collective opposable aux financeurs, qui revient donc à faire payer au contribuable le résultat de libres négociations entre employeurs et employés ? Même le rapport El Khomri portant sur l’attractivité des métiers du grand âge s’était clairement exprimé contre, au nom de la nécessaire responsabilisation des partenaires sociaux.

Enfin, le bouclage financier de l’opération est des plus incertains. Les acteurs associatifs ont eux-mêmes estimé le coût de la mesure à plus de 500 millions d’euros par an. L’Etat lui a prévu 200 millions à partir de 2022 pour tout le secteur de l’aide à domicile, ce qui ne couvre pas la moitié de cette seule mesure. L’autre moitié repose sur les conseils départementaux, mais comment garantir son financement quand ces derniers n’ont même pas été consultés sur la validation de l’avenant ?

Un grand vent d’improvisation souffle au moment où l’on a besoin de réformes d’ampleur et de prévisibilité. Le virage domiciliaire que tout le monde appelle de ses vœux ne fera pas l’économie d’une profonde réflexion sur son modèle économique, social et sociétal, ni d’une grande loi refondatrice. De ce point de vue, cet épisode aura au moins eu le mérite de secouer le débat et de réveiller les consciences. L’avenir du domicile ne se jouera pas à coups de demi-mesures, excluantes et improvisées. Le secteur et ses salariés méritent mieux que cela et nous sommes prêts à relever le défi.




Christine JEANDEL
Présidente du Groupe Colisée
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