28 janvier 2021 - Informations

DEMYSTIFIER LA VACCINATION POUR AVANCER

Plus on en sait sur le vaccin, moins on en a peur, plus on se fait vacciner, plus vite on sort de la pandémie. Il nous faut donc faire œuvre citoyenne et pédagogique pour démystifier la vaccination.

De 40 à 56% en moins de trois semaines, c’est la progression spectaculaire de « l’appétence vaccinale » des Français1 . Une bonne nouvelle car pour atteindre l’immunité collective, selon l’Institut Pasteur, il faut que 70% de la population soit immunisée, par infection naturelle ou par vaccination. Un mouvement que les grands acteurs se doivent d’accompagner et d’encourager, en mettant à disposition du plus grand nombre l’état actuel du savoir vaccinal et en luttant contre les idées reçues qui se diffusent si vite sur les réseaux sociaux. C’est ce que nous proposons de faire ici en quelques points clés.

Comment fonctionnent les vaccins contre la Covid-19 ? L’injection d’ARN peut-elle modifier nos gènes ?

Les vaccins permettent au système immunitaire de déclencher une réponse contre le virus et de le neutraliser. Plus précisément, ils stimulent les anticorps qui combattent la protéine S, située à la surface du virus, constituant sa couronne, qui lui permet de se fixer, puis de pénétrer dans les cellules. Dans le cas de la Covid-19, ce sont des vaccins à acide ribonucléique (ARN).

L’ARN est un code présent dans les organismes vivants et dans certains virus. Pour produire le vaccin, on analyse le code du virus, on sélectionne la portion la plus intéressante et on reproduit ce code en laboratoire sous la forme d’un ARN messager, de synthèse. Lors de l’injection de ce vaccin, l’ARN va déclencher la fabrication d’anticorps et de globules blancs spécifiques. En cas de rencontre ultérieure avec le coronavirus, cela permettra au corps de reconnaître et combattre efficacement le virus avant qu’il ne développe une infection.

NON, l’injection d’ARN ne peut pas modifier nos gènes, qui sont sous forme d’ADN (l’acide désoxyribonucléique) car l’ARN ne rentre pas dans le noyau des cellules où se situe l’ADN. Les vaccins anti-Covid sont les premiers vaccins à ARN homologués. Cependant, les chercheurs travaillent depuis plus de 20 ans sur cette technologie qui a fait l’objet d’améliorations continues ayant largement contribué à sa sûreté. Ce type de vaccin permet une réaction immunitaire complète (anticorps et globules blancs) alors que les vaccins « classiques » ne stimulent que les anticorps. Il présente également comme avantage de ne pas avoir besoin de manipuler le virus en laboratoire, puisqu’il s’agit d’une reproduction de synthèse.

Les vaccins à ARN de Pfizer/BioNTech et de Moderna ont été élaborés en 10 mois. Comment cela est-il possible et sans danger ?

Ces vaccins ont été testés à travers deux grands types d’essais cliniques performants, avec 73 000 participants environ, qui ont montré une efficacité de 94%. Concrètement, les personnes vaccinées dans ces deux essais ont été 18 fois moins malades du Covid-19 que les personnes non vaccinées pendant la durée de l’étude. Les étapes normales d’élaboration d’un vaccin ont bien été respectées, tout en bénéficiant des données déjà existantes et d’une mobilisation et de moyens exceptionnels.

L’immunité contre les coronavirus avait déjà été étudiée à l’occasion des alertes précédentes en Asie en 2003 et en Arabie Saoudite en 2012. Les processus de vérification des vaccins par les autorités (notamment l’Agence européenne des médicaments) ont été optimisés pour tenir compte de l’urgence. Dans tous les cas, les vaccins ne sont autorisés en France que lorsque les autorités indépendantes ont confirmé leur qualité, leur sécurité et leur efficacité. En date du 11 janvier 2021, plus de 10 millions de personnes avaient reçu au moins une dose de vaccin au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et dans d’autres pays sans qu’aucun effet indésirable non déjà observé pendant les essais ou durant les premières campagnes de vaccinations post-essais n’ait été rapporté.

Les vaccins peuvent-ils augmenter le risque de forme grave de Covid-19 ?

Non. Aucune donnée in vitro, in vivo ou dans les essais cliniques vaccinaux n’est venue corroborer cette hypothèse. Comme d’autres effets possibles, cela est surveillé « en vie réelle », dans la dernière phase d’évaluation du vaccin.

Le vaccin permet-il une immunité aussi puissante que l’infection naturelle ?

Pas nécessairement car la protection immunitaire naturelle en cas d’infection varie d’une personne à l’autre et en fonction du degré de l’infection. Plusieurs études ont montré que de nombreuses personnes n’ont plus d’anticorps détectables quelques mois après une infection bénigne ou asymptomatique. On ne sait pas si ces personnes peuvent ou non être réinfectées. En revanche, les personnes qui ont fait une infection plus grave ont presque toutes des anticorps détectables au moins 6 mois plus tard. Et la vaccination entraîne une immunité qui semble initialement aussi forte que celle des personnes qui ont fait une forme grave.

Ainsi, la HAS n’a pas prévu la vaccination systématique des personnes ayant déjà été positives à la Covid-19 et a laissé la possibilité de décider au cas par cas si une personne préalablement infectée devait ou non se faire vacciner. Cette vaccination peut en effet être utile pour apporter un surcroît de protection immunitaire, mais on recommande tout de même d’attendre un délai de 3 mois après infection. A la fin, c’est donc le médecin qui propose cette vaccination en fonction de chaque situation individuelle. Il n’est pas obligatoire d’effectuer un test viral ou sérologique avant de se faire vacciner.

Les vaccins à ARN se font en deux injections. Quel délai respecter entre les 2 injections des vaccins à ARN ? Et que se passe-t-il si l’on est exposé au virus entre les deux injections ?

Idéalement, la 2ème dose doit être injectée 21 jours après la 1ère pour le vaccin Pfizer/BioNTech et 28 jours après pour le vaccin Moderna. Le délai pour Pfizer/BioNTech peut également être allongé jusqu’à 28 jours, voire 6 semaines. En tout, il n’y a pas besoin d’injecter plus que 2 doses.

Dans les essais du vaccin de Pfizer/BioNTech les personnes ayant reçu une 1ère injection ont bénéficié d’une protection partielle du vaccin dès 12 jours après la 1ère injection. On a donc une forte chance d’être protégé si l’on est exposé au virus avant la 2ème injection, mais seule une vaccination complète avec 2 doses offre une protection de l’ordre de 95 %.

Les mutations du virus impactent-elles l’efficacité des vaccins ?

Non, selon les premières études publiées, les vaccins existants sont efficaces contre les premiers variants qui sont apparus. Des systèmes de surveillance internationaux sont par ailleurs en place pour repérer et signaler de nouvelles mutations.

Toutefois, si le virus était amené à muter périodiquement (comme la grippe), il sera nécessaire de se faire vacciner régulièrement avec un vaccin adapté aux nouveaux variants qui pourraient circuler. De même si la Covid-19 devenait à terme une maladie à recrudescence saisonnière (là aussi comme la grippe) une vaccination annuelle devra être envisagée.
1. Selon un sondage Ipsos Global Advisor publié le 29 décembre, seuls 40% des Français souhaitaient se faire vacciner contre le Covid-19, ce taux a bondi à 56% le 15 janvier, selon un sondage Odoxa-Backbone